Zéro déchet, quelques notes sur le livre de Béa Johnson

Quand j’ai découvert le mot « zero déchet » il y a 2 mois, par les réseaux sociaux, j’ai rapidement vu des images de Béa Johnson une grande américaine qui pose avec son petit bocal en verre, sa poubelle de l’année. (NB : pour les novices : zéro déchet c’est un principe qui vise à réduire drastiquement, voire à supprimer, le volume de ses poubelles). J’ai regardé quelques blogs et comptes Instagram qui m’ont paru parfois un peu excessif : du genre : faire la course à celui qui fera la poubelle la plus petite et le plus vite possible. J’ai lu aussi des commentaires sur le conflit entre minimalisme et zéro déchet (genre : pour le zéro déchet, il faut faire soi même, pour faire soi même, il faut plein de matos / ça rentre en contradiction avec le zéro déchet).
Ce qui m’est apparu d’abord c’est un côté défi, avec son lot de compétition et de mise en avant de l’image de soi, et des interprétations un peu radicales.

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En hier soir j’ai lu le livre de Béa Johnson (résumé rapide en pdf ici). C’est quand même toujours bien de revenir à la source. Cette nana élevée en France a épousé un américain qui l’a emmenée en Californie vivre la vie de ses rêves, immense maison , deux 4×4 et tout le toutim. Elle a été à fond dans ce mode de vie là, et bien sûr quand elle a commencé à vouloir changer, a été à fond dans l’autre sens. Elle raconte avec beaucoup d’humour comment elle s’est mise à vouloir absolument tout faire toute seule, ou à parcourir des dizaines de km pour trouver des magasins qui vendent du vrac. Et puis évidemment elle a mise de l’eau dans son vin pour trouver une organisation et un mode de vie qui corresponde aux attentes de sa famille, dans l’endroit où ils sont (ce qui a quand même occasionné au passage un déménagement, un tri gigantesque, des changements professionnels).

Du coup de son livre, mélange de récit et de recettes, se dégage une impression de maturité dans le projet et la réflexion.

L’idée est, toujours, que nos manières d’acheter sont un moyen de faire pression sur ls grands groupes industriels ( et donc les politiques qui comme chacun sait sont à leur botte en prétendant tout le temps ne pas pouvoir faire autrement), enfin c’est mon avis). Comme elle le dit très bien, quand on permet à un serveur de remplir à nouveau notre verre alors qu’on a plus soif, implicitement on dit « l’eau ne vaut rien », et quand on accepte la paille qu’il nous tend on dit « oui c’est ok pour moi de produire des milliers de pailles en plastique avec les ressources fossiles, qui vont engendrer des déchets indestructibles, acte qui pollue nos mers, nos terres, notre air, sur tout le « cycle de vie » du produit » (c’est moi qui écrit, là, sa phrase est un peu plus soft).

Donc, la première chose à faire est REFUSER. 

Et c’est là que j’en suis exactement dans mes réflexions en ce moment.

La première chose à faire c’est REFUSER. Refuser ce qui nous convient pas. A tous les niveaux (industriel, matériel, mais aussi relationnel ;-)).

C’est une décision intérieure très forte finalement quand on y réfléchit. Parce que penser qu’on peut refuser veut dire : penser qu’on peut être autonome. Choisir autre chose. Même si on ne sait pas encore très bien ce que c’est.

Implication politique immense évidemment : penser qu’on peut être autonome….C’est le pouvoir que nous attribuons collectivement à ceux qui ont le pouvoir qui leur maintient ce pouvoir : servitude volontaire. Ce ne sont que des hommes que l’ont pourrait faire tomber si facilement. Valable pour les dictatures comme pour les régimes comme les nôtres, aux pouvoirs beaucoup plus insidueux.

Implication personnelle aussi très importante : savoir refuser, c’est cultiver sa confiance (j’affirme mes choix/ je vais vers ce qui est bon pour moi).

Bref : refuser pour aller vers son autonomie.

Commencer par le plan matériel est peut être le plus facile finalement, et je crois que ça peut nous entrainer petit à petit, en passant par l’organisation domestique et l’amusement certain que représente le fait de chercher des recettes de dentifrice maison dans son canapé – et de les fabriquer, à faire nos choix, retrouver les fondamentaux, se réapproprier nos compétences, établir nos priorités. Et donc à l’appliquer plus facilement dans les domaines où c’est plus difficile car il y a plus de peurs : le monde professionnel ( lâcher son salaire!!! arrrragaghh!!!) et les relations (oser dire ce qui ne nous convient pas !!!!  arrarararaggghh!) – enfin en tous cas c’est là pour moi qu’il y a le plus de peurs : peur de ne pas être en sécurité et peur d’être abandonné.

Donc on commence par le commencement et on s’attaque au matériel.

Comme je l’ai déjà dit ici, je suis engagée depuis un an maintenant dans une démarche de désencombrement de la maison et de mes affaires, suite à la lecture du livre de Marie Kondo, et suite aussi au fait d’avoir douloureusement vidé entièrement la maison d’un proche récemment défunt.

Or : selon Béa Johnson il s’agit justement de la 2e étape ( et je pense la plus importante). Après s’être entrainé à refuser tout ce qui n’avait pas de place chez vous ( tout ce qui est gratuit, tous les prospectus, toutes les choses jetables et emballées), on vide chez soi, on désencombre: réduire. Elle va super loin dans le truc ( comme Marie Kondo) (genre j’ai une robe, un jean, un short, 3 tee shirts : elle montre ici comment elle fait 50 tenues avec les 15 pièces de sa garde robe -et même si j’aime pas trop le style c’est vrai que c’est assez bluffant!-, et elle expliquant dans le livre que le dressing de chacun des membres de la famille tient dans une valise ce qui leur facilite tellement la vie quand ils louent leur maison pour partir en voyage lol). Et comme elle, on retrouve les mêmes idées, qui sont en fait du bon sens (n’est-ce pas incroyable que notre société soit si efficace dans la frénésie de consommation qu’il faille déployer de tels efforts de réflexion et d’action pour se désencombrer…..???? Amis de la majorité des pays qui ne croulent pas comme nous sous les biens matériels, comme vous devez nous trouver étranges, voire révoltants, et comme je vous comprends. Mais c’est comme ça, on en est là, il y a des tonnes de meufs, car généralement ce sont des meufs, qui écrivent des centaines de blogs et de posts pour montrer comment elles trient leur dressing et leurs placards de cuisine. Et oui. C’est dingue mais c’est comme ça, donc on prend acte, on change et puis c’est tout). Posséder peu, des choses de bonne qualité, que nous sommes sûrs d’aimer, qui sont utiles, et qui vont durer longtemps. C’est très simple en fait. Mais c’est pas du tout comme ça qu’on fait en général (sauf je pense dans les familles de tradition aristocratique, genre on a le même pull bleu marine en cachemire, mode simple et indémodable et durable, bon c’est pas trop mon style faut dire). Moi la plupart du temps (et la majorité des gens que je connais font comme ça), j’achète plein de trucs pas chers, que je ne suis pas sûre d’aimer, qui durent pas longtemps, et que je remplace souvent (pour les fringues comme pour le reste).

Désencombrer aide à voir ce qu’on a, ce qu’on aime, ce qui manque éventuellement (car paradoxalement on peut vider des coffres entiers à Emmaus et se rendre compte qu’il manque finalement une chose importante).

Moi ça fait un an, et je commence, à peine, à être à peu près contente (je ne sais pas comment j’avais fait pour accumuler tant de trucs, alors qu’en plus je ne suis pas quand même du genre acheteuse compulsive), mais après avoir lu le livre hier j’ai encore, à 2h du mat, rempli 2 cartons à donner. Oui ça crée ne sorte de frénésie un peu bizarre, qui s’arrête à quelques objets qui résistent sournoisement (impossible de jeter mes cahiers de révision d’agrég par exemple… bien que je ne pense jamais les relire….).

Evidemment, que Béa Johnson insiste tant sur ce point est intéressant et plutôt rassurant. Minimalisme et zéro déchet ne sont pas des courants en compétition, bien sûr que non, évidemment tout est lié et tout va ensemble. Cela va aussi avec mon autre lecture du moment, celle du livre de David Manise, instructeur de survie (on peut aussi écouter la très bonne émission de France culture sur lui) : bon, le côté savoir faire en sorte de ne pas mourir dans des situations extrêmes j’avoue m’en foutre un peu, mais sa réflexion porte sur… retrouver les fondamentaux, se réapproprier les compétences.

Après refuser et réduire, il y a dans les étapes « zéro déchet » de Béa Johnson 3 autres étapes qui coulent un peu de source : réutiliser au maximum, recycler et composter ce qui nous reste comme déchets. Je passe un peu là dessus, je crois que ça découle assez simplement du reste, il faut juste choisir le bon mode de compostage selon que l’on soit en ville ou pas etc. Elle insiste beaucoup sur une chose importante : le but est pas de recycler! Souvent on s’achète une bonne conscience écologique en triant bien dans le bac bleu et le bac jaune. Mais d’une, on s’en fout complètement de la bonne conscience écologique, ce n’est absolument pas le sujet (c’est ce que j’essayais de dire ici) : la bonne conscience écologique c’est encore un truc de soumission au système (genre je vis dans un système complètement fou et en plus je me sens coupable donc je fais un petit truc pour ne plus y penser). De deux, le recyclage est globalement inefficace (là encore elle ne le dit pas comme ça). Pour une double raison 1. d’organisation (il faut gérer le tri, par les citoyens, pas les pouvoirs publics, et ça fait plein d’étapes où ça peut couiller), 2. de production (le plastique ben…. c’est pas vraiment recyclable. Et le sac recyclable en maïs c’est bien joli mais il a été produit sur des terres, donc en concurrence avec l’agriculture nourricière, et avec une agriculture intensive, donc super polluante, et loin pour que ce soit pas cher, donc doublement polluant car transporté 12 fois autour de la planète avant d’arriver dans ta main).

Chez Béa Johnson, il n’y a plus de poubelles! Elle vit aux Etats-Unis avec une famille de 4 personnes dont deux adolescents. Tout à fait possible, et ce dans la même société que nous….

(autre famille française rigolote et inspirante sur ce sujet : Famille zéro déchet, ils viennent aussi de publier un livre tiré de leur blog). Alors ok vous allez me dire, elle en a fait son métier, elle consacre tout son temps à ça etc.

Mais trier sa maison, s’organiser pour faire des courses autrement, faire quelques trucs soi même je suis SURE que ça ne prend pas plus de temps.

On peut quand même essayer, non? Enfin moi je suis bien décidée.

A suivre.

(PS : mon objectif n’est pas le zéro déchet. Je m’en fous de la taille de ma poubelle, en soi. Je vais pas publier des photos de la réduction progressive du sac noir, ou jaune. Mon objectif c’est l’AUTONOMIE. Et ça passe, entre autres, par le fait de ne plus dépendre, plus autant, de l’industrie, dans tous les domaines, donc fatalement de réduire mes déchets).

(PS2 : le livre, je l’ai pas acheté, je l’ai commandé à la bibli, tu vois ce que je veux dire…)

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One thought on “Zéro déchet, quelques notes sur le livre de Béa Johnson

  1. Pingback: Tri / zéro déchet : point d’étape #2 | Faire de la place

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