Vous avez dit citoyen éco-responsable? 

Il n’y a rien qui m’agace plus que l’injonction des pouvoirs publics à âtre « éco-responsable ». Le genre de petites brochures distribuées (sur papier glacé) et vous demandant de bien éteindre les interrupteurs quand vous changez de pièce, le robinet quand vous vous lavez les dents, et surtout bien trier ce qui va dans le bac jaune, le vert et le bleu.

Reposer sur les individus des choix de sociétés, des forces économiques et politiques à grand échelle, ou plutôt : d’énormes intérêts économiques, et des responsables politiques qui ne prennent pas leurs responsabilités fac à ces intérêts (voire qui en ont un?), qui ne font pas de choix et prétendent être forcés de s’adapter  au marché. Foutaises. Comme si l’économie mondialisée et dirigée par quelques gigantesques entreprises mondiales comme nous la connaissons actuellement n’était pas le résultat de choix et de décisions politiques. Certes, elle est permise par les progrès techniques, notamment dans les transports, la mécanisation, la chimie, depuis l’âge industriel. Mais l’explosion de la mondialisation financiarisée telle que nous la connaissons actuellement dans les années 1980-1990 correspond à des gouvernements qui ont pris des décisions clairement affirmées pour la favoriser (gouvernements Thatcher ou Reagan par exemple). Bon : si on a choisi d’aller par là, on peut choisir d’aller dans un autre sens, non?

Pendant plusieurs années, cette injonction culpabilisante sur les individus m’a tellement agacée que j’avais une réaction, un peu puérile je le concède, de rejet. Je m’en fous si je trie pas super bien mes déchets, merde. Déjà que je vis dans un monde méga pollué où je risque mille fois par jour d’attraper je ne sais quelle maladie horrible (si je sais lesquelles en fait) à cause de l’alu dans mon déo ou dans mes vaccins, des perturbateurs endocriniens de la peinture des meubles de la chambre d’enfant (J’adore le fait que certains fabricants précisent d’acheter les meubles un an à l’avance pour que les émanations aient le temps de s’évaporer un peu. Genre on va acheter le lit avant d’être enceinte. Genre on a une pièce libre dans l’appartement direct. Putain mais produisez autre chose, merde, c’est pas croyable!), ou des engrais déversés dans les champs pour faire pousser ce qui va être dans mon assiette (ce qui fait que déménager à la campagne n’est pas forcément un bon calcul, même si, quand même, quand je fais une ballade à vélo mes cheveux puent moins que quand c’était en pleine capitale). Je mangeais bio pour ma santé, mais pour le reste, fuck.

Et bien j’ai changé d’avis. Enfin je pense toujours la même chose sur les (ir)responsables politiques et sur les dirigeants économiques. Par contre j’ai envie de me bouger le boule, mais vraiment.

Le plastique dans ma maison : non.

Les produits alimentaires industriels : non.

les meubles en simili bois plein de colles dégeulasses : non.

L’électricité produite dans une centrale nucléaire : non.

Le fioul pour me chauffer : non.

Ca tombe bien, on a acheté chez un artisan de mon village un poêle à bois. Ca tombe bien, on est dans une région de forêts. Et donc le bois coûte pas cher.

Ca tombe bien, j’ai trouvé un fournisseur d’électricité garanti sans nucléaire (enercoop). Et s’il y en a qui pensent encore qu’on ne peut pas se passer du nucléaire, lisez s’il vous plait les travaux de Négawatt ou de Sortir du nucléaire (notamment cette très claire brochure téléchargeable en pdf) qui montrent bien que si on investissait ne serait ce qu’un partie de ce qu’on investi pour l’atome (recherche, construction, entretien des centrales, problèmes des déchets – y compris forces de l’ordre quand il y a conflit, tiens je ne sais pas si ça rentre dans les calculs cout/bénéfice, cette question des révoltes sociales comme à Bure, voir le blog Bure zone libre pour avoir une petite idée de l’âpreté de la lutte) oui on pourrait fournir les 65 millions de foyers français avec du renouvelable. Et je ne vois pas très bien comment on peut continuer à dire que c’est une énergie sûre après les accidents qu’on a connu. Voyez, l’empereur du Japon qui sort et s’agenouille avec la population, ça n’arrive pas tous les 4 matins. Et on a pas envie que ça se reproduise d’ailleurs. Pour info je vis à 35 km d’une centrale, la zone dans laquelle on distribue de l’idée s’arrête à 30 km et certains arrivent à gruger pour en avoir quand même. Certes.

Ca tombe bien, on habite à la campagne, il y a un mec trop sympa qui fait du pain bio le vendredi (et en plus on peut boire un coup chez lui), le marché avec les fermiers du coin le mercredi, et une coop bio qui vend des produits locaux. Il y a une voisine qui a une brocante dans sa grange avec plein de supers beaux meubles en bois massif et pas chers.

Bon, mon fils adore les playmobils. Moi j’aime les caisses en plastique pour ranger les affaires. J’adore surtout manger des Pims quand je fais un long voyage en voiture ou quand j’ai une crise de cafard. J’ai envie de repeindre l’escalier et les fenêtres mais la peinture écologique c’est vraiment REUCH. Le train aussi c’est putain de cher et quand on a 3 covoitureurs on rembourse presque notre trajet donc je choisis ça la majeure partie du temps (alors que hein, blablacar peut nous faire tout le blabla qu’il veut, merci ce n’est pas DU TOUT un choix écologique de privilégier la voiture, on est bien d’accord, c’est juste moins pire de voyager à 3 ou 4 dans une bagnole que tout seul, mais pour rappel dans un train on peut mettre bien plus de personnes sur le même trajet). (Y’avait une image pas mal qui trainait sur FB à un moment mais je n’arrive pas à la retrouver, avis à la population?).

Bon, on habite à la campagne donc on a deux voitures, une grande maison, et donc une empreinte écologique à mon avis plus forte que quand on habitait en ville.

Et puis j’adore les avocats mais ils ont traversé le monde pour arriver chez moi, comme les bananes ou les ananas (que j’adore aussi).

Alors je fais des compromis. Les playmobils et les animaux en plastique, ben ok, mais 2e main tant que possible, y compris pour les cadeaux.

J’y vais petit à petit. J’ai quand même beaucoup diminué tous les produits issus de l’industrie agro-alimentaire. On en achète quand même de temps en temps (ils sont forts hein quand mêmes les géants de l’IAA. le fiston est jamais aussi content que quand on ramène des courses un paquet de yaourt à boire ou des céréales au chocolat. bref)  et je pense que ça peut diminuer encore tranquillement. J’essaie de m’organiser pour ne plus avoir à aller au supermarché. Faut changer les habitudes (on avait l’impression de faire pas trop mal mais… voir le blog de la famille zéro déchet).

J’apprends à reconsidérer ce qu’est le luxe : manger des avocats ou des bananes, ben c’est un luxe! Ahah! Et oui!

 

Mais soyons clairs : ces choix, je ne les fais pas pour être une éco-citoyenne mes couilles.

Je les fais pour MOI. Pour mon mec. Mon fils.

J’ai envie qu’on profite de la vie en étant pleins de vitalité et en bonne santé pour longtemps. J’ai envie qu’on soit de ceux qui émanent une autre énergie que celle de la centrale dont on voit les fumées de loin quand on va vers la Loire.

J’ai envie d’avoir la tête libre de conneries et de discours creux et/ou manipulateurs. J’ai besoin de sentir que OUI, j’ai le choix. On vit tous ici, mais on est pas obligés de vivre tous comme ça. Et ça demande pas forcément des choix de vie radicaux, marginaux ou autre, non. C’est assez facile en fait. Je suis libre de ce que je fais rentrer chez moi, dans ma tête, dans mon corps.

Je pense que les hommes politiques ont le choix : ils le font pas, tant pis, je m’en fous (enfin quand même pas mais je vais pas me pourrir la tête avec ça). En tous cas moi j’ai le choix. Et personne ne va me convaincre du contraire.

Et si on est pleins à penser comme ça et à agir (et il y en a PLEIN PLEIN PLEIN qui agissent et bien plus) ben ça peut faire la différence.

(NB : quand je dis que je le fais pour moi, ce n’est pas, je crois, dans une perspective égocentrique, mais bien politique : celle de la conviction profonde de ma liberté  et de mon autonomie. Que personne n’a de droit sur mon corps, ni ma pensée, ni ma vie au quotidien. Et que je suis seule responsable de m’emparer de cette liberté.)

 

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2 thoughts on “Vous avez dit citoyen éco-responsable? 

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