Habiter quelque part

Je commence à m’approprier la maison. Il commence à y avoir la place de s’y sentir bien. Il faut dire que je n’ai jamais vraiment occupé un endroit. Après la maison sacrée de mon enfance, quittée au moment du bac par mes parents, qui s’en allaient vers des cieux plus cléments, et moi qui parait à Paris, je n’ai plus vraiment habité quelque part. J’ai déménagé environ 10 fois en 10 ans, je crois, d’une manière repique maladive. Je serai bien incapable de me souvenir de toutes les adresses, et j’ai souvent pensé écrire un texte qui décrirait chacun des chambres que j’ai occupées dans cette période, dans la maison d’un couple de retraités à Evreux, dans un foyer de jeunes filles boulevard St Michel, dans un une pièce-toilettes sur le palier rue du faubourg St Denis, dans un appartement miteux loin du centre à Strasbourg, en coloc avec ma soeur dans une maison bordélique à Poitiers, chez une famille sur les hauts plateaux de Madagascar – je n’arrive même pas en écrivant à retracer cette chronologie! – en cité universitaire à Toulouse, en colocation dans un immeuble pas très agréable à Toulouse, puis, dans la même ville et la même année, en couple dans une petite résidence récemment construite, dans la maison d’une fille et d’un couple d’amis dans je ne sais plus quel village, dans la maison des parents de cette fille près de Perpignan, dans un internat d’Angoulême-le reste de la semaine dans le grenier d’une vieille dame à Poitiers, oh : celui là était génial : dans un appartement de vacances à Mimizan plage, mais toute l’année, tout l’hiver, le vent et la plue battants sur la baie vitrée face à l’océan : grandiose, merveilleux, les marches chaque jour sur la plage, mon premier poste de prof, puis encore en résidence universitaire, à Lyon cette fois, et dans l’appartement de mon copain de l’époque au Puy en Velay, dans un grand studio grenoblois tout carrelé, en colocation à Pantin. Puis j’ai acheté un appartement tout petit, à Pantin, j’ai aimé cette ville et travailler en Seine Saint Denis. Puis j’ai rerencontré quelqu’un. Et quand il est venu vivre avec moi on était trois, on a déménagé deux rues plus loin pour le double de m2 mais c’était quand même trop peu et tout ça devenait étouffant.

Alors on est venus vivre ici.

On a visité une seule maison.

On l’a payé trop cher par rapport aux prix pratiqués ici, mais on a même pas comparé.

On est rentrés et on savait que ce serait ça, c’était un hasard, on connaissait pas le coin, c’était la route des vacances et une annonce dans un bar, on est sortis on a dit « désolés on visitait juste comme ça » et puis on s’est assis sur le gravier du parking du monument aux morts. Le petit avait faim, je l’ai nourri, on s’est regardés, on est partis et toute la route on a fait des calculs foireux, et c’était ça, c’est tout.

La maison est pleine de rabicoins. Elle tournicote. Elle est pas très pratique.

Il n’y avait pas de travaux, on ne voulait pas, peur que notre couple n’y résiste pas. Mais les rénovations sont pas toujours faites comme on aurait voulu, enfin dans l’ensemble ça va.

Depuis qu’on est là on respire, on vit mieux, tout a changé (ce n’est pas que ça, mais ça a beaucoup joué).

On a trouvé un port d’attache. Je crois qu’on en n’avait jamais eu ni l’un ni l’autre. Lui, mon homme, c’est pire que moi, disons qu’il a été plus stable dans les lieux où il a vécu, mais on arrivait chez lui on avait l’impression qu’il venait de déballer ses cartons et qu’il n’avait pas vraiment fini. Des étagères un peu vides, un côté je viens mais je repars très vite.

Moi tout ce que j’avais tenais dans une voiture… qui était vidée chaque année chez mes parents, le tout bien entassé dans le grenier, et on rempile l’année d’après. Du coup ça faisait au final beaucoup de bordel.

Et je m’en suis rendue compte en venant ici. J’ai 15 fois plus de trucs que lui.

Mais je me sens pas chez moi en entassant les objets qui m’appartiennent dans un lieu dont j’ai décrété qu’il était à moi.

Depuis quelques temps je sens que cette maison commence à être un peu la mienne. Mon havre.

Parce que j’ai trié. Parce que j’ai vidé ce grenier parental et ces dizaines de caisses plus ou moins bien rangées. Parce que j’ai jeté, donné, jeté, donné. Parce que j’essaie d’y voir plus clair. De savoir ce que je possède, de savoir où est chaque chose et ce qu’il y à chaque endroit. Et parce que j’essaie de prendre soin des choses et de mon environnement matériel.

J’ai grandi dans une famille très bordélique et dans un maison remplie à ras bord de choses belles et passionnantes, sculptures, peintures, livres à ne plus savoir qu’en faire, immense grenier rempli de trésors, déguisements, barre de danse, matériel d’arts plastique…. Des choses qui m’étouffaient aussi par leur profusion, leur entassement indistinct et la poussière qui les entouraient.

J’ai toujours cherché à faire différemment, allant contre ma nature, rangeant parfaitement ma chambre en laissant devant la porte ce qui n’était pas à moi ou dont je ne voulais pas. Admiré les familles des autres, dans les pavillons briqués ou rien ne dépassait, et les cahiers de ces filles ou rien ne dépassait. Mon casier à moi, comme mes cahiers, mon cartable, mes poches, étaient remplis de brouillons, de papiers, de jeux, de gâteaux écrasés. Je n’étais pas soigneuse alors que je rêvais de l’être. Plus tard je désespérais en ayant rédigeant mes dissertations, à 4 h du matin, d’avoir une pensée « en rond » que je n’arrivait pas à coucher de manière linéaire, et je jalousais terriblement ces compagnes qui écrivaient si doucement des fiches ultra synthétiques tandis que je noircissais des feuilles et des feuilles de notes et de brouillons.

Les choses étaient des obstacles, détestées autant qu’ignorées, l’espace était un non-lieu que je traversais sans vraiment l’habiter.

Il faut peindre l’escalier, les fenêtres, finir l’installation du poêle et trouer une fenêtre dans la pièce du bas. Je voudrais arriver à avoir des fleurs, un jardin coloré, et faire de cette pièce lumineuse mais dont le sol est en pierre un petit salon-atelier. Mais je suis chez moi.

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