Comment trier, pourquoi trier.

L’année dernière j’ai participé à trier et vider entièrement la maison d’un proche qui venait de décéder. Cette femme vivait seule dans une jolie petite maison, elle gardait beaucoup de choses depuis longtemps. Vêtements, et surtout souvenirs : bulletins de classes, photos en nombre etc. Nous avons gardé un certain nombre de choses, mais aussi beaucoup donné, et beaucoup jeté. L’impression de jeter sa vie à la poubelle a été terrible.

Cela m’a fait énormément réfléchir.
A la même époque j’ai lu le livre de Marie Kondo, et j’ai commencé à devenir obsessionnelle du tri, du désencombrement. Marie Kondo explique formidablement comment suivre une méthode bien plus efficace que de se balader avec un sac dans la maison et enlever tout ce qui ne sert pas, regarder ses vêtements et enlever ceux qu’on a pas mis depuis un an, ou ranger/trier pièce par pièce. Pour moi, trois choses ont été fondamentales :

1) Trier par type d’objet et non par localisation : tous les habits, tous les livres, tous les documents….Cela permet de constater le volume de choses que l’on possède et de ne pas oublier à d’autres coins de la maison des choses auxquelles on aurait pas pensé

2) Avoir UN SEUL critère : en tenant chaque objet, un par un, dans la main, se demander “est ce que cet objet me procure de la joie”. Exit la rationalité (je m’en servirai un jour ou je m’en suis jamais servie), les regrets (mais je n’ai jamais utilisé ce truc qui est pourtant super/ que j’ai payé cher…), ou la culpabilité (mais c’est ma mère/ ma soeur / mon mec qui me l’a offert, je ne peux pas le donner). On peut avoir de la gratitude envers ceux qui nous ont offert ces choses / ces choses elles mêmes / nous mêmes, puis les lâcher.

3) Commencer par le moins personnel : les vêtements, puis les objets divers etc…. pour terminer par les photos, les lettres, les journaux intimes. Personnellement, je tiens un journal depuis l’âge de 10 ans environ donc ça a fait une tripotée de sacs poubelles. j’ai fait une soirée devant la cheminée, eu mes petits moments de nostalgie, observé des choses intéressantes sur ma personnalité que je n’avais pas mesurées, été contente de voir certains souvenirs, et contente de penser que tout cela existait en moi, me constituait, et que je n’avais pas besoin d’en avoir la trace matérielle.

Cela m’a pris à peu près un an, un peu moins, c’est la durée qu’elle indique d’ailleurs dans le livre – puisque bien sûr on ne peut pas faire ça à plein temps – et aussi car il faut considérer TOUTES les choses que l’on possède, y compris celles qui sont possiblement entassées chez les uns et chez les autres, en l’occurrence il y avait chez mes parents un coin entier du grenier avec tous mes cours depuis la terminale (et j’ai fait 7 ans d’études), toutes mes réalisations d’arts plastique, photos et autres babioles, vêtements, électroménager abandonné là au fur et à mesure de mes dizaines de déménagements.

J’ai trié tout ça une première fois, et j’ai envie de recommencer. Je trouve que j’ai encore trop de vêtements, de livres. Je n’ai pas réussi à lâcher certaines choses (mes cours d’agrégation par exemple). Et surtout : la maison continue de me paraitre encombrée. Je la voudrait plus simple, plus minimaliste. Je voudrais que, facilement, chaque chose ait un usage, une place, qu’elle nous plaise et qu’elle serve. Qu’on puisse embrasser l’espace du regard sans qu’il tombe sur des multitudes de petites choses qui semblent être là par hasard. Je ne sais pas très bien par où commencer car je n’ai pas le courage de refaire tout le processus. Relire le livre?

En parallèle, se fait toute une réflexion plus générale.
Trier c’est privilégier le présent. Je n’ai ni besoin des traces de mon passé – car il n’existe plus, ni de prévoir le futur – puisqu’on ne sait ce qu’il sera. Or ce qu’on garde sert surtout à l’un ou à l’autre : je ne peux me détacher de quelque chose car il a été important pour moi, ou est le signe de ce qui a été important pour moi / ou parce que je pense qu’il va me servir. Trier les choses matérielles participe pour moi d’un mouvement vers le moment présent. Je ne vis que ici, maintenant, là tout de suite.
Je peux me libérer de tout ce qu’il y a eu avant, qui ne me définit pas, je me redéfinis à chaque seconde. Et même : c’est chaque seconde qui passe, ce que j’en fais, qui nourrit les suivantes. Je peux, à chaque fois que je respire, faire un reset et abandonner tout ce qu’il y a eu pour n’être que là où je suis là. Concentrée et pleine de gratitude.
Je peux me libérer de toutes mes projections sur ce qu’il va y avoir après, dans une heure, la semaine prochaine, en septembre, dans 10 ans. Personne ne sait. Et ces projections m’enferment, m’empêchent de suivre mes instincts et ce que je ressens.

Trier c’est choisir : ce qui me plait, ce que je veux comme choses – et donc comment je me positionne. C’est porter attention à (aux objets, mais aussi à soi : ce que j’aime, dans quoi je vis). Et cela va dans le même mouvement que chercher à me concentrer sur chaque instant l’un après l’autre. Et donc porter une réelle attention à ce que je fais, là tout de suite, mon corps, là tout de suite, mon état, là tout de suite. Et donc ce que j’ai en main, les objets autour de moi, les ustensiles qui me servent à accomplir mes tâches. Cela me donne envie de les choisir, de les aimer, de les chérir. “Things needs care” me disait l’autre jour ma voisine adorée. Pour porter attention à nos objets, il faut en avoir peu, et les avoir choisis. Ne plus être envahis sous une masse de choses un peu indéfinies, un peu là par hasard, qui trainent plus ou moins venues de toute notre vie et de l’extérieur / ne plus être envahis dans un flux mental  incessant qui embrouille.

Il y a encore du chemin, des étapes.
Qui se lient de plus en plus à une réflexion sur les achats / les déchets / l’alimentation. A suivre!

 

 

 

 

 

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