Apports de Montessori / ce we

Depuis la naissance de mon fils, et dans mes recherches en tant qu’enseignante, je me suis intéressée à la pédagogie Montessori. J’ai dévoré les livres proposant le kit activités Montessori at home, les blogs de mamans et d’institutrices (mes favoris, et anxiogènes! restant ceux d’Elsa à qui je voue une admiration sans bornes : vous pouvez lire son blog sur le 0-3 ans ici : Merci qui, merci Montessori, et ici celui à partir de 3 ans : Où es tu Coquelicop). J’ai lu d’une manière frénétique, qui nuisait à mon sommeil, et a entrainé quantité de prise de notes, de fiches dans mon ordi et de listes de choses à faire pour aménager la maison, de matériel à acheter, d’activités à organiser.

Résultat : j’ai passé plus de temps à lire qu’à être avec mon fils et à le regarder faire! J’ai été prise par la “mode” Montessori. Je n’ai entendu qu’un seul des messages : “aide moi à faire seul”. J’ai été probablement attentive à certaines choses que je n’aurais pas faites sans tout ça, a minima le laisser faire des choses seuls (plus que ce qui aurait été mon réflexe). Ainsi : donner des verres en verre et pas en plastique, ranger ses habits et ses jouets de manière à ce qu’il puisse les prendre lui même (avec des petites étiquettes dessinées), lui permettre de rentrer seul dans la baignoire grâce à une petite marche etc. Des démarches assez brouillonnes, chaque fois amorcées rarement suivies, liées à beaucoup de frustration de ma part et de jugement (impression de ne pas faire bien pas assez etc).

Samedi nous avons organisé une journée d’échanges autour de Montessori avec l’association “Aide moi à faire seul” de Bourges et l’association VALLEE d’Humbligny. Aline et Céline, institutrices, et Laurence, assistante maternelle, nous ont expliqué les fondements de la théorie de Maria Montessori, et nous avons pu échanger nos pratiques et nos questions avec les parents présents. Entre temps j’ai lu les livres de Montessori, pas les guides pour parents pressés, les siens.

Et j’ai été stupéfaite de l’ampleur de sa réflexion et de sa profondeur philosophique, et spirituelle aussi. Elle propose un renversement de la façon dont on perçoit et intègre l’enfant. Or, les discours que j’avais entendu jusqu’à présent me paraissaient toujours excessifs : en mettant l’enfant au centre, je voyais des “enfants-rois”, exigeants, prenant toute la place, très égocentriques : quelque chose ne me paraissait pas juste. Et c’est comme si, en face, il n’y avait que le modèle inverse, qui tout à la fois surprotège et déconsidère. Aucun des deux extrêmes ne me convenait mais je ne parvenais pas à résoudre ce qui me paraissait comme un conflit.

Ce we, j’ai compris autre chose, grâce à la maturation de toutes ces réflexions probablement, et surtout grâce à l’expérience. Certes me direz-vous, ce n’est qu’un week-end, on ne peut rien baser sur quelque chose d’aussi court. Certes. Mais … non. J’ai compris quelque chose. Ce sont des détails, peut être et sans doute vais-je me laisser rattraper par mes fonctionnements mais…. mais, j’ai compris quelque chose.

Donc j’ai passé deux jours seule avec mon fils en essayant de mettre en pratique les principes. Je n’interviens que quand il me le demande, je prépare l’environnement pour pouvoir le laisser faire seul au maximum, sans risque, je l’associe à mes activités familiales.
Et donc j’ai réalisé, qu’à presque 3 ans il peut s’habiller seul complètement (y compris : enlever sa couche et la jeter à la poubelle, ranger le pyjama à sa place), préparer la table du petit déjeuner (en réfléchissant à ce dont j’ai besoin, le café, la tasse, et ce dont il a besoin, le chocolat, les céréales… – j’ai au préalable mis tout le nécessaire sur un petit chariot, y compris les couverts et les bols qui cassent), m’aider à faire la cuisine en faisant des tâches qui m’aident vraiment!, m’aider à ranger le linge, débarrasser la table et mettre les chose au lave vaisselle…
C’est évident me direz vous, mais au quotidien : on le change nous même et donc on l’habille, on le sert à table, on lui sert son eau, on choisi ce qu’il mange et quand, on dirige ses activités, on fait des choses avec lui (jouer, faire un gâteau) mais quand on l’a décidé, on l’associe peu aux activités quotidiennes sauf quand tout à coup ça nous pique.

Alors bien sur cela m’a pris un tout petit peu de temps de préparation (en fait j’ai juste rangé les habits à un autre endroit et préparé un petit chariot dans la cuisine), de description (là il y a tes pantalons, là tes tee-shirt, là il y a tout ce qu’il faut pour la table)…
Ensuite ça m’a pris à chaque fois un peu de temps / pour le laisse faire seul décrire chaque chose (tu prends un pantalon, un tee shirt, un pull, un slip, des chaussettes…). Bon, maintenant tu mets ton pantalon… Et surtout : ne rien dire. Finalement c’était presque le meilleur moment de la journée, ce moment avec lui! Il a tout fait tout seul, à son ordre, on était bien! Il a demandé de l’aide pour passer le 2e bras, pour la fermeture éclair et le bouton du pantalon. J’avais du mal à ne pas demander de conseils, ne pas le faire pour que ça aille plus vite, ne pas l’aider à passer la tête. Il était évidemment très fier. j’ai eu du mal à ne pas le féliciter (!!!).
Et un peu de temps / pour l’associer à ce que je fais. Il faut mettre le tablier, mettre l’escabeau, lui montrer comment transvaser la purée dans le plat… Mais ensuite, il va chercher les ingrédients dans le frigidaire, casse l’oeuf seul, étale la chapelure, le fromage, va mettre le plat dans le four….

Ce sont des choses très simples, et je décris les détails car c’est dans ces détails que tout change. Bilan :

Les moments où j’étais avec lui, j’étais pleinement avec lui. Je n’ai pas joué avec lui du tout. Mais j’ai fait beaucoup de choses avec lui, qui le concernaient directement (s’habiller, se laver..) ou qui concernaient la maison ou la famille (préparer les repas…). Et : il ne m’a pas du tout réclamée (pour jouer, pour lire…).
Donc : moins de tensions (Mamaaaaan vient jouer / non je dois faire à manger  = ça me pèse qu’il réclame, il va de plus en plus fort si je dis non, j’ai pas envie d’élever la voix, ça me fatigue mais je ne veux pas céder, je me sens coupable de m’énerver…. = fatigue et tension!!!!!)

J’ai tout fait plus tranquillement, et c’était bien plus efficace. Ce matin ou nous avions un horaire je me suis habillée en même temps que lui et nous étions prêts ensemble (plutôt que m’habiller vite fait/ l’habiller vite fait/ courir/ être stressée/ le stresser), ce soir en cuisinant j’ai pu ranger le plan de travail faire plein de petites choses pendant qu’il s’occupait du gratin etc etc.
Donc : comme on le sait, plus on va lentement, plus on va vite. C’est une loi très bizarre pour les speedy comme moi mais qui se vérifie toujours, donc à un moment je vais bien être obligée de la prendre en compte, enfin du moins j’espère un jour arriver à davantage la prendre en compte.

J’ai fait plein de choses “pour moi” : ranger toutes les affaires qui venaient d’un autre appartement et trier, faire du piano, écrire et lire des choses qui me plaisent : et tout cela avec lui. Habituellement les week-end sont parfois les moments les plus épuisants. Il est demandeur, on est fatigués, on navigue entre les deux en ayant l’impression de courir après le temps et le calme. et là j’ai fait beaucoup plus de choses que d’habitude tout en ayant l’impression de passer de bien meilleurs moments avec lui.

A suivre…
(et pour la suite : parler de discipline/liberté selon Montessori, point très important et sans doute très négligé, qui pourtant règle assez efficacement nos éternels combats à l’Education Nationale autorité/bienveillance, pédagogie/tradition… etc : je suis toujours à tourner autour de cette idée que bienveillance et exigence sont les deux faces de la même pièce, tout comme plaisir et rigueur ou discipline et liberté).

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