Bure

Texte écrit en 2015 pour une mini performance à Sciences Po en novembre 2015 visant à présenter la complexité de la situation à Bure (site choisi pour l’enfouissement de déchets nucléaire). (PS : tout est vrai).

Je m’appelle Christian Bataille, je suis un homme politique français, socialiste, député du Nord depuis 1988.

La France produit une bonne part de son électricité par le nucléaire. Cette énergie génère des déchets. 90% de ces déchets sont stockés dans  des usines de retraitement en surface à côté des centrale (à La Hague et à Marcoule), mais les 10% restant concentrent 99% de la radioactivité totale produite en France. On les appelle les déchets « à vie longue ». En 1991, j’ai proposé une loi, adoptée par le parlement, visant à lancer un programme de recherche pour décider ce qu’il adviendrait de ces déchets. Nous avons rapidement écarté la possibilité de les envoyer dans l’espace (trop hasardeux) ou de les injecter dans les failles de subduction sous marines (interdit par les conventions internationales). 3 axes étaient donc possible : réduire la nocivité des déchets (séparer ceux à vie longue et leur donner une plus faible radioactivité), les stocker dans des formations géologiques profondes, continuer à entreposer en surface dans l’attente de progrès techniques majeurs. La loi votée prévoyait le lancement du programme de recherche dont les résultats devaient être transmis au Parlement 15 ans plus tard (en 2006). Nous avons fixé un cadre réglementaire précis pour les recherches, incluant des missions de concertations préalables avec les élus et les populations des territoires concernés, la création d’un CLIS (comité local d’information et de suivi) présidé par le préfet local, des mesures d’intérêt économique avec la constitution de GIP (Groupements d’Intérêt Public).

Je suis Frédéric Plas, directeur R&D à l’Andra (Agence Nationale pour la gestion des déchets Radioactifs). Cet organisme a été créé suite à l’adoption de la loi Bataille en 1991. 

Nous avons mené en 1994 des campagnes de reconnaissances sur 3 sites argileux (Gard, Meuse, Haute Marne) un granitique (Vienne). En1998 l’autorisation du gouvernement de poursuivre les travaux n’a été donnée que sur le site de Bure : en effet sa couche d’argile est épaisse de 120m, sur plusieurs couches, ce qui empêche la radioactivité de s’échapper.  Suite à des études de faisabilité sur ce terrain, nous avons entamé la construction du laboratoire.

« Nous nous appuyons sur la couche géologique, vieille de plus de 150 millions d’années, pour assurer la sûreté du stockage. Mais nous étudions toutes les situations possibles : même en cas de forage, la qualité de l’argile ne sera pas altérée. »

En 2000, on a commencé à construire un laboratoire à Bure. On creuse des galeries souterraines pour vérifier la faisabilité et la sureté de l’enfouissement. On a lancé le projet  CIGEO (Centre de Stockage profond de déchets radioactifs français).

Nous recherches nous ont permis de confirmer en 2005 la faisabilité du projet. Du coup en 2006 les parlementaires ont entériné le stockage profond comme solution pour la gestion des déchets radioactifs à long terme. Mais un amendement précisait que le stockage doit être réversible : il doit être possible de récupérer les déchets pendant au moins 100 ans. Les conditions de cette réversibilité devaient être définies après de nouveaux débats parlementaires en 2015 et 2018. Néanmoins, en 2009, on a déterminé une ZIRA (zone d’intérêt de reconnaissance approfondie) de 30 km2 dans le cadre de ses études souterraines au sein de la zone de 250 km2 dans laquelle le labos transpose ses résultats. 2011 : le gouvernement autorise par décret l’ANDRA à poursuivre les tests dans le labos.

« Il est nécessaire de s’occuper des déchets radioactifs existants. L’entreposage en surface demande une surveillance trop importante à long terme. Le stockage fermé et souterrain permet d’éviter aux générations futures de devoir trouver une solution pour gérer les déchets que nous produisons actuellement. »

Je suis Jérome Sterpenich. Je suis docteur en sciences, spécialiste de géologie et matériaux. J’ai travaillé pendant 7 ans au sein d’un centre de recherche sur la géologie de Nancy. J’interviens au CLIS comité Local d’Information et de Suivi du Laboratoire de Bure en tant que chercheur. Le CLIS a été créé en 1999, il associe les préfets, directeurs régionaux, députés et sénateurs, élus, représentants d’asso d’environnement/agriculture/ syndicats…. Je participe au bureau, en dépouillant les documents donnés par l’ANDRA et en répondant aux questions du CLIS. Les membres du CLIS peuvent suivre des formations qui ont été mises en place en partenariat avec les enseignants de Nancy, et qui concernent la géologie, ou des sciences plus spécifiques liées au nucléaire.

Je suis Monsieur Dirand. J’habite à Pierrette sur Aire, dans la Meuse, à environ 1h de route de Bure. Je fais partie du collectif Bure Stop 55, qui a été créé en 1998 suite à l’annonce de la candidature du département de la Meuse pour participer aux projets de laboratoire d’enfouissement des déchets radioactifs. Nous agissons principalement sur le terrain juridique et administratif pour participer à la lutte anti-nucléaire.

On a un site assez complet : on essaye de donner le maximum d’informations à la population. On a réuni des informations générales sur les déchets nucléaires, les dangers de la radioactivité, les prétendants accidents nucléaires et leurs conséquences. on fait une veille avec une lettre hebdomadaire sur la question, dans le monde. On suit aussi plus spécifiquement l’avancée au jour le jour du projet d’enfouissement à Bure. On a organisé pas mal d’actions depuis toutes ces années : marches, manifs.

Depuis le milieu des années 2000, la lutte a été un peu relancée, ça s’était un peu essoufflé. Mais en 2005  le « dossier 2005 » de l’ANDRA a  confirme le choix de Bure : faisabilité et sureté ds un périmètre de 250km2 autour du labo souterrain. En septembre un  débat public a été organisé par la commission nationale du débat public mais on n’était pas d’accord : le débat ne portait pas sur la question d’enfouir mais sur comment enfouir…. C’est là qu’on a commencé à se coordonner davantage, avec Bure Zone Libre, qui commençait les travaux dans la maison de la résistance, ou Vosges Alternatives Nucléaire….

Je suis militant à Bure Zone Libre, mon blase c’est le hérisson vengeur.  BZL, c’est un collectif qui a été créé en 2004 par des antinucléaires de France et d’Allemagne. En 2005 on s’est associés au réseau Sortir du Nucléaire, on a acheté un vieux corps de ferme en ruine dans Bure. Depuis de nombreuses personnes de pleins d’horizons sont venus pour un we, une semaine, un mois, certains se sont même installés sur place! Elle est devenue la « maison de résistance à la poubelle nucléaire ». On promeut, par notre fonctionnement, une nouvelle manière de vivre ensemble, on assure un soutien logistique aux actions anti-nucléaire, on donne de la contre-information au public sur le nucléaire et ses déchets, on veut devenir une vitrine sur l’autonomie et les énergies renouvelables non industrielles.

Cigéo a pu s’implanter ici grâce à la faible densité de population (ici c’est le fond fond de la Meuse, on est entre la Haute marne et les Vosges, c’est 6 hab/km2!!) et surtout aux millions d’euros distribués aux particuliers, entreprises et associations locales…Ailleurs les populations ont réussi à s’opposer à l’implantation es laboratoires! Il y a 100 km de galeries souterraines, les villages voisins sont condamnés à devenir une poubelle nucléaire.

Je suis Marion : militante de la maison antinucléaire de Bure. c’est une énergie que la population n’ont pas choisi. Les citoyens n’ont pas eu leur mot à dire. ça a été lancé par quelques personnes y’a 70 ans et maintenant c’est comme si c’était naturel d’avoir du nucléaire alors qu’il y a plein de sources d’énergie possible. ils apportent leurs arguments et sont super doués pour lisser tout ça ils mentent pas en fait ils disent pas tout quoi. ils disent pas qu’ils ne savent pas encore comment ils vont boucher les alvéoles… tout ce qui les embêtent ils mettent sous silence quoi.

Je suis Antoine Godinot : géologue et militant anti nucléaire : « L’argile peut être de bonne qualité si elle reste à son état naturel. Mais lorsque l’on perce la roche en faisant des forages, elle devient un vrai gruyère. Les tests effectués ne sont pas fiables. »

2008 : l’ANDRA assure que la source de géothermie présente dans la zone ne présente pas d’intérêt exceptionnel. 2015 : Les anti nucléaires attaquent l’ANDRA en justice pour désinformation au sujet de la source géothermique (pensent que les tests ont été falsifiés) mais ils perdent le procès (demande déclarée irrecevable). 

2013 : 2e débat public boycotté par les opposant (plusieurs réunions publiques sont annulées). 

Je suis Catherine Galy, je suis responsable scientifique de l’OPE (Observatoire pérenne de l’environnement). C’est un organisme mis en place par l’ANDRA en 2007 pour établir un état des lieux de l’environnement aux alentours du futur stockage et surveiller son évolution. On observe une grande diversité d’écosystèmes (milieux aquatiques, sols, air, forêts, cultures…) sur un territoire d’environ 230 km² (jusqu’à 900 km² pour la zone élargie), avec divers  types d’instrumentations associés (stations forestières, stations en rivières, station atmosphérique…), en impliquant de nombreux acteurs.

Une structure d’excellence scientifique : On utilise des instrumentations de haute tecnologie, les acteurs de la recherche académiques mobilisés, les programmes de recherche mis en œuvre et les réseaux de recherche nationaux et internationaux auxquels s’intègre l’OPE. Excellence qui lui a valu d’être labélisé en 2011 « Système d’Observation et d’Expérimentation pour la Recherche en Environnement » (SOERE) par AllEnvi, l’alliance nationale de recherche pour l’environnement dont l’Andra est membre associé.

On travaille  l’implication des acteurs locaux (agriculteurs, sociétés de pêche et de chasse, industriels, public…) ce qui, au-delà d’un gage de confiance, constitue une condition de réussite, et l’implication des acteurs académiques, gage d’une information scientifique objective.

Non seulement l’OPE répond d’ores et déjà à son objectif premier de définition d’un état initial de référence de l’environnement autour du projet Cigéo, mais il est partie prenante du territoire dont il contribue à souligner la capacité à accueillir et développer des installations de haute technologie et innovantes.

En 2015 on a mis en place une écothèque : on sélectionne des échantillons et on les conserve de façon cryogénie. « du fait du caractère un peu spécifique de ciseaux, l’Andhra est allée un peu plus loin que la demande réglementaire sur l’environnement pour installer un dispositif qui vraiment permet d’avoir une connaissance plus fine de l’environnement et e son fonctionnement. L’ensemble de ces analyses sont sous traitées à des laboratoires universitaires et des laboratoires privés qui nous garantissent le respect des protocoles et des normes de qualité et qui nous permettent d’assurer l’indépendance des données qui sont acquises sur le site ».

Je suis militant, je suis un des fondateurs du collectif VMC. VMC pour Vladimir, Martine and Co, en référence (en référence à Vladimir Martynenko, employé d’aéroport impliqué dans la mort de Christophe de Margerie et actuellement condamné). Notre collectif est né de rencontres faites au croisement de luttes qui ont en commun un objectif : faire tomber le capitalisme et toute forme de gouvernement autoritaire. On s’est rencontrés dans des camps no border, à Notre Dame des Landes, au Val Susa, au Chefresne, à Valognes. Nous avons en commun une idée de l’autonomie, politique, matérielle. Des vies dégagées d’injonctions économiques et sécuritaires. Des frontières ouvertes, des champs ouverts.  Et la volonté de n’être pas confisqué.e.s de ce combat par le refuge dans la délégation institutionnelle.

C’est pas toujours facile de s’associer, on a des cultures politiques différentes, des références d’action qui parfois entrent en conflit. On l’a bien vu cet été : on a organisé début aout un camp à Lunéville en Ormmois. « c’est un coup de projecteur sur une lutte trop méconnue contre un projet représentatif du système contre lequel nous nous battons. un système très corrompu qui écrase la population ». ce camp ce veut un lieu de réflexion « contre les grands projets d’inspiration capitaliste qui nous sont imposés, parfois de façon violente ». « on nous présente comme des écervelés. Mais nous avons bien plus de points communs avec les gens que nous rencontrons, avec qui nous discutons, que n’en ont les dirigeants. Nous pouvons faire les choses par nous même, sans rapport de domination, sans leader, dans l’horizontalité ».

Je suis Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, parti Les républicains. Cigéo c’est une chance pour notre département  : la taxe collectée auprès des producteurs de déchets nucléaires (78% EDF / 17% CEA / 5% AREVA) doit financer le projet : on parle d’un cout (construction, exploitation, fermeture) estimé en 2012 entre 13 et 16 milliard d’euros à répartir sur 100 ans. C’est beaucoup d’argent, mais pour nous, c’est beaucoup d’emplois et des retombées. L’ANDRA parle de créer entre 1300 et 2300 emplois directs de 2019 à 2025. Sans parler du dépt du tourisme industriel et scientifique (actuellement 10 000 visiteurs par an dans le labo actuel). Déjà, 30 millions d’euros ont été données pour 2 GIP (groupements d’intérêt public) en Meuse et Haute Marne en 2012 pour dépt économique et actions d’ATLe GIP a vocation à soutenir, dans les limites du département de la Meuse, des actions d’aménagement du territoire, de développement économique, et de développement des connaissances scientifiques et technologiques. Le GIP c’est des aides très concrètes : du matériel pour une menuiserie, une boucherie, le développement du tourisme (rénovation d’églises, construction d’un golf…), recalcification urbaine, aménagements paysagers, constructions et réhabilitations urbaines… C’est des cantines, des maisons de santé..; ça change notre territoire! Et puisse des panneaux photovoltaïques, des chaufferies au bois. Nous on s’occupe concrètement de l’environnement, c’est des faits, des actes! J’ai proposé en juillet un amendement à la loi Macron pour définir les conditions de réversibilité du stockage et qu’on puisse avancer.  l’ANDRA doit déposer en déposer en 2017 une demande d’autorisation de création du stockage pour commencer enfouissement en 2025.

Je suis Jean Piette Masseret, président socialiste du conseil régional de Lorraine. L’amendement de Longuet à été déposé à 5h du matin, négocié 10 minutes et la loi est passée par le 49-3. « Quelle que soit la position de chacun par rapport au projet d’enfouissement des déchets nucléaires à Bure, cette méthode me paraît contraire aux principes d’expression et de liberté. ». D’ailleurs, le 5 aout, le Conseil constitutionnel a censuré cet amendement (« cavalier législatif » : présente des dispositions qui ne concernent pas le sujet traité par le projet de loi initial).

Le 21 septembre 2015, les pelleteuses étaient à Bure.

Sources : 

http://www.rue89strasbourg.com/index.php/2015/07/27/societe/dechets-nucleaires-tout-ce-quil-faut-savoir-sur-le-projet-bure/

Des interviews réalisés par neuf étudiants en Master de journalisme et médias numériques à Metz reviennent sur les raisons de cette opposition. On y retrouve Jean-Luc Tonnerieux (militant à Vosges Alternatives au Nucléaire), Markus Pflûger (militant allemand de l’association «AntiAtomNetzTrier ») et Marion (militante anti-nucléaire de la maison de Bure).

http://www.rue89strasbourg.com/index.php/2015/07/27/societe/bure-la-chronologie/

http://www.rue89strasbourg.com/index.php/2015/07/27/politique/les-antinucleaires-camperont-a-bure-du-1er-au-10-aout/

Sites des hommes politiques, organismes et associations citées. 

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s