La pleine conscience avec les enfants – expérience en classe

“Pleine conscience”, mot laïc plus neutre que celui de “méditation”. Bien sûr au fond c’est la même chose : être attentif à l’instant présent, observer ses pensées et ses émotions sans les juger, sans chercher à les supprimer ni à atteindre un état spécifique. Une pratique de chaque instant, que l’on peut aussi isoler quelques minutes par jour.
Jon Kabat Zin est un médecin américain qui a popularisé ce terme de “pleine conscience”. Il a fondé le Centre pour la Pleine Conscience en médecine et s’attache à la fois à étudier les effets cliniques de cette pratique, et à la diffuser. Ses livres sont très simples et sans connotation religieuse. Je pense par exemple à Où tu vas, tu es qui propose toutes sortes de petits exercices au quotidien. Je vous conseille surtout le livre-CD Méditer : les 12 méditations guidées par Bernard Giraudeau sont progressives, très accessibles. Aucun appareil ésotérique! 10 min, 20 min, 45 min : on peut tranquillement s’y appuyer pour faire rentrer cette attention dans notre vie quotidienne.

Les enfants semblent plus facilement que nous se concentrer pleinement sur une seule chose, celle qu’ils sont en train de faire. Même très jeune, ils se plongent totalement dans une activité- et peuvent changer vite! En arrivant au collège, à 11- 12 ans, de ce que je peux observer de mes élèves, cette facilité à se concentrer est bien loin. Les enfants sont perpétuellement dans le commentaire, le jugement, l’agitation mentale.

Depuis quelques semaines, je pratique, à l’instinct, des petits exercices de pleine conscience en classe. En particulier auprès d’une classe de 6e très agitée, avec laquelle j’ai beaucoup de mal depuis le début de l’année. Beaucoup de conflits, plusieurs enfants en grande difficulté qui peinent vraiment à rester assis sur leur chaise, beaucoup d’histoires et de dissensions. J’ai du mal à faire cours, et à avoir envie de leur faire cours! J’ai commencé au retour des vacances de février à leur proposer un petit moment de calme avant le cours. Assis sur leur chaise, ils cherchent une position confortable, peuvent enlever les lunettes, mettre un pull sur la table et s’y coucher (la plupart choisissent de faire ainsi). Ils ferment les yeux s’ils le veulent. Chacun est libre de ne pas participer à l’exercice : il peut pendant ce temps dormir (“c’est vrai, Madame, on peut vraiment dormir?”), il peut aussi prendre un papier et des feutres et dessiner. Les seules consignes sont de ne pas regarder les autres, de ne pas s’adresser à quiconque et de ne pas chercher du matériel dans la trousse ou dans le cartable (tout doit être prêt sur la table). Chacun se sent donc à peu près libre dans ce moment. je pense qu’il est important que ce ne soit pas une contrainte. En fait il y en a 3 en général (sur 28) qui sortent des crayons. Les autres se plongent avec délices dans le petit oreiller qu’ils se fabriquent.

Ensuite je commence à attirer leur attention sur les bruits autour d’eux. Dans la classe (souvent plusieurs bougent un peu le temps que le calme s’installe), et plus loin : les autres classes dont on entend la K7 d’anglais, le prof, les questions, la cour avec parfois les enfants de primaire qui jouent, les oiseaux, une voiture ou un tracteur qui passe sur la route. Cela amène un grand calme dans la classe. Puis je leur propose de se concentrer sur eux même, les bruits de leur corps : entendent ils leur respiration? Leur cœur qui bat? Peut être un estomac qui gargouille? Cela me permet de les amener tout doucement à être attentif à leurs sensations. Sont ils bien installés? Y a t-il un endroit de leur corps qui bouge (souvent l’un ou l’autre à cette agitation de la jambe si courante chez les adolescents), un endroit qui fait mal, ou au contraire se sentent ils bien? Je fais toujours attention à formuler les choses qui peuvent être désagréables et celles qui sont agréables. On ne cherche pas à changer, on observe juste. Le mercredi matin ils ont sport juste avant, je leur propose d’observer encore plus finement leurs sensations (après avoir couru, ou avoir nagé à la piscine).
Enfin je leur propose d’aller observer ce qui se passe dans leur tête et dans leur cœur. Comment sont vos pensées? Vos émotions? Imaginez que vous regardez un film qui se déroule devant vos yeux. Vous en êtes le spectateur. Est ce calme ou agité? Triste? Joyeux? Enthousiaste? Impatient? Plein de colère? On ne cherche pas à ressentir quelque chose de particulier, on observe simplement ce qui se déroule devant nos yeux. Est ce qu’on a des soucis qui brouillent tout? Est ce qu’on se sent à l’aise? Est ce qu’on pense au passé, au futur?
Parfois, si je sens que la concentration est là, je vais un peu plus loin en proposant d’être attentif à une chose, l’air qui rentre et qui sort du nez, et voir si on peut voir disparaitre toutes les images, juste un instant, pour uniquement sentir l’air qui rentre, et l’air qui sort.
Ensuite je reviens au corps, au bruit de la classe, à ce que nous allons faire, puis on peut ouvrir les yeux, s’étirer, et tranquillement commencer ou reprendre le cours.

Je suis convaincue, pour ma vie personnelle et par principe, des bienfaits de la pleine conscience. Mais là je suis stupéfaite des résultats de cette expérience, que j’ai généralisée avec mes autres classes.
Premier constat : les élèves adorent ce moment. Ils le réclament sans arrêt.
Deuxièmement : c’est un vrai moment de calme. Ceux qui dessinent jouent le jeu, ne font pas de bruit, sont concentrés aussi, et c’est un moment qu’ils apprécient. Les élèves ont le visage totalement détendu, ouvert. Très souvent, une larme coule sur la joue de l’un ou de l’autre.

Enfin : les conséquences pour le climat sont invraisemblablement positives. Les heures avec cette classe sont devenues mes préférées, alors que j’y allais à reculons. Les élèves sont beaucoup plus calmes et concentrés, ils s’écoutent et participent, je n’ai plus du tout à lever les voix. Il y a du plaisir à apprendre, qui est notable, d’ailleurs j’ai  vu fleurir les propositions d’exposés, de dessins à afficher, certaines filles se sont même lancées dans la réalisation d’un petit film maison (on étudie les conditions de vie dans différents milieux du monde : elles jouent différents personnages te la journaliste qui les interview).

En 5e, 4e et 3e, il y a un peu plus de résistances (quelques uns miment “la méditation”, le zen, plusieurs pouffent un peu, ou bougent sans cesse). La majorité réclame ces moments, mais le calme est plus difficile. J’essaie de ne jamais m’énerver contre ceux qui gênent cet exercice et enjoins les élèves à le faire “il y en a qui font un peu de bruit, ce n’est pas grave, on écoute ces bruits”. Ce n’est pas facile, ni pour moi ni pour eux! Je l’ai fait aussi de façon moins systématique.

Juste une expérience donc, que j’ai envie de poursuivre.

A lire et écouter : Méditer comme une grenouille de Eline Snel. Le livre propose une introduction à la pleine conscience avec les enfants, plutôt à la maison. Je ne le trouve pas très bien construit, car il mélange récit/ propositions d’exercices, en le refermant on ne sait plus trop ce qu’on y trouve. Mais le CD est très bon, lu par Ana Gireaudeau, j’y trouve les mêmes qualités que celui de Jon Kabat Zin. Pour le moment à la maison nous utilisons la plage 11 tous les soirs, entrée vers le sommeil, mon fils de 2 ans la réclame systématiquement.

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