La jeune garde du président

jeune garde du présidentTout a été dit sur cette photographie, tirée d’un article de Serge Raffy dans l’Obs le 4 février dernier. Dénoncée comme une erreur de communication qui valorise la distance entre les gouvernants et les gouvernés, les élites et le peuple qu’elles sont censées représenter puisqu’il leur a majoritairement donné ses voix. Moquée pour
le décor luxueux de l’Elysée, le look de dandy-hipster de ces “trentas surdiplomés”, la rigidité de la pose.

Mais ce qui me frappe avant tout, c’est la photographie. Son style. Je n’ai pas les mots techniques pour la décrire, mais je repère cette façon à la mode en ce moment, relevant davantage de la publicité, ou du cinéma peut être. Cette lumière un peu jaune, comme ancienne, et à la fois très contemporaine. Dure, nette. Découpant les formes, soulignant les traits des visages, le maquillage. Mais entourant les couleurs, les unissant dans un ensemble comme composé exprès. Une tache rouge dans le fond, une tache bleue au premier plan, et pour le reste, un ensemble de tons noir, gris, beige. Comme une peinture du XIXe siècle.
Quelques ombres, qui semblent avoir été presque effacées, il n’en subsiste qu’une trace, floue, presque invisible. Comme si on reconnaissait aux personnages une épaisseur – oui la lumière projetée sur eux crée bien une ombre sur le mur du fond, mais pas vraiment – celle-ci a été n’existe presque pas finalement.

La composition est étrange. La lumière se réfléchit sur le canapé autour duquel cinq des six personnages sont réunis. Ce canapé est au centre, il brille, il n’y a personne dessus, ah si, en observant bien, Audrey Azoulay y est installée, tout à fait au bout, coincée entre deux tables, comme en équilibre.
On dirait qu’il manque quelqu’un, un personnage central qui serait venu s’asseoir au cœur de l’image.
A droite il y a un fauteuil, assorti au canapé. Il est occupé par Jean-Jacques Barbéris, genoux croisés, lunettes sérieuses, visage franchement enfantin. Au premier coup d’oeuil il est le miroir d’Audrey Azoulay, mais à bien y regarder, pas du tout. Il est autant affirmée qu’elle est effacée, en lumière alors que le noir de sa robe se confond avec les tables qui l’entourent et l’enferment. Il se détache aussi des autres, lui qui est dans une position vraiment assise – ce qui n’est peut être pas sans rapport avec le fait qu’il apparait seul sur la couverture du magazine.

La posture, pour tous, est mi décontractée, mi compassée. Le protocole est respecté, on ne pourra à aucun d’entre eux faire les reproches qu’a essuyé Cécile Duflot. Ils maitrisent les codes et les manières. Tissus moirés, de bonne facture, cravates, et même pochette. Mais les cheveux des femmes sont un peu détachés, coiffés mollement, la frange dans les yeux, des épis. La veste est à demi ouverte. Une main dans la poche. L’une est accoudée au canapé comme on le serait à l’apéritif. L’un est assis sur l’accoudoir. Vestes et pantalons ne sont pas assortis.
Pas de sourire pour autant, ou presque, peut être en dénicherait on un chez Constance Rivière ou Audrey Azoulay quand les visages de Boris Vallaud ou Nathalie Lannetta sont franchement fermés. Sans parler de Gaspard Gantzer dont les bras sont fermement croisés.
On les aurait presque surpris avant un cocktail, d’ailleurs les verres sont là, posés sur un plateau sur le marbre d’une table. Mi fiers, mi ennuyés, ils auraient acceptés de poser pour le photographe, comme ça, comme ils étaient.

Cette photo me donne une impression étrange. Image du pouvoir qui sous certains aspects apparait comme un héritage direct des portraits officiels de cour depuis le XVIIe siècle, tout en voulant donner une apparence de naturel. C’est ce décalage qui agace, qui énerve. Que le pouvoir présidentiel siège à l’Elysée dans des palais magnifiques, on le sait, et pourquoi pas, c’est une charge importante qui mérite des lieux chargés d’histoire et de richesses, même si en ces temps difficiles un peu, un tout petit peu, d’économie sur les dépenses d’apparat que je n’ose même pas imaginer serait non seulement une manœuvre politique certainement payante mais aussi une simple mesure de dignité et de respect, mais passons. Que le pouvoir présidentiel siège à l’Elysée dans des palais magnifiques donc, pourquoi pas. Qu’il soit composé principalement de jeunes individus brillants et formés par les meilleures écoles de notre pays, bien sûr, quoiqu’un tout petit peu d’ouverture serait… (bis repetita). Mais vouloir faire comme si de rien était, comme si c’était un petit salon dans un coin, comme si on était là par hasard, comme si ces jeunes étaient comme les autres, ça c’est énervant, pas très juste, et surtout tellement orgueilleux.

 

 

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