Le fauteuil

Chers futurs parents :

S’il est une chose matérielle qu’il faut prévoir pour l’arrivée de votre bébé, ce n’est ni le lit (inutile les premiers mois où le petit dormira à peu près partout sauf… dans un lit…. ou peut être le vôtre), ni la grenouillère-turbulette-nid-d’ange (je n’ai jamais compris la différence, peu importe, n’importe quelle couverture en polaire conviendra parfaitement), ni, surtout pas, le doudou (vous allez bientôt en être couverts à ne plus savoir qu’en faire), LA chose à prévoir, c’est le fauteuil.
Le fauteuil pour sa chambre.
Pas le fauteuil enfant, non, pas du tout, un bon gros fauteuil, pour VOUS.
Il le faudra avec des accoudoirs à la bonne hauteur, pour appuyer vos bras pendant que vous donnerez le sein ou le biberon. Chez certains, c’est une demi-heure toutes les heures, et il a beau peser que 3 kilos au début, au bout d’un moment, on le sent. Dans un an, quand ces joies là, ces difficultés là, ces découragements là, ces terreurs là, seront déjà tellement déjà passées, tellement vite passées, que vous en serez nostalgiques, les accoudoirs seront toujours utiles, quand après s’être parfaitement endormi, votre petit se réveillera soudain et ne voudra se rendormir que tout contre vous. Vous attendrez qu’il pèse deux fois son poids pour le remettre dans son lit et éviter ainsi de devoir faire plusieurs allers-retours entre le fauteuil, le lit, la porte, gymnastique très décourageante quand votre film ou votre travail en retard (ou les deux en même temps) vous attendent en bas, et assez nuisible à votre sacro sainte autorité parentale, que vous tentez pourtant vaillamment de construire.

Vous prendre soin de le choisir avec un bon dossier. Assez haut pour pouvoir poser la tête : détail capital! Rien de pire que de s’endormir à demi, à 3 heures du matin, et de dodeliner de la tête comme dans le TGV, avec en prime une crampe bizarre au creux du cou. Quelle horreur. Non, vous devrez pouvoir vous y lover, vous y appuyer, le fauteuil devra être accueillant et réconfortant. il sera votre confident la nuit, accueillera vos larmes peut être parfois.

Le fauteuil donc devra être plutôt mou, mais pas trop. Surtout pas un de ces fauteuils de chez mamie dont on ressort si difficilement une fois qu’on s’est assis dedans. N’oubliez pas que vos bras seront pris, vous devrez par conséquent compter sur la force de vos cuisses et de vos abdominaux, et, chères sœurs parturientes, ceux-ci auront probablement été un peu amoindris par la grossesse et les premiers mois de maternité. Et ce, même si vous avez fait de l’aquagym, du yoga, beaucoup de marche à pied…. Dans le même esprit, il ne faudra pas qu’il soit trop près du sol. Vous allez certes y passer beaucoup de temps, mais au moment où vous voudrez en sortir, c’est que vraiment, il vous faudra regagner votre lit ou votre canapé, en bas. Donc vous n’aurez pas envie de transpirer ou de faire des mouvements qui risqueraient de réveiller le petit ange.

Joli bien sûr. Pour s’harmoniser avec ce que vous ne manquerez pas d’accumuler, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, dans sa chambre ou son coin. Pas trop fragile, avec une housse lavable si possible, car le temps des pastels et des feutres vient bien plus vite qu’on ne le croit (sans parler des petits régurgis ou autres selles jaunes du début : je les avais déjà oubliées!).
Facile à escalader car il deviendra peut être rapidement un lieu merveilleux pour lire, jouer avec un tracteur ou un petit bonhomme en plastique trouvé dans un kinder (les beaux jouets en bois, on a beau dire, ont souvent moins de succès, selon mon observation).

Ce fauteuil il m’a manqué beaucoup. Assise sur un canapé inconfortable au début, comme j’ai pu avoir mal au fesses, à choisir plutôt le sol, adossée au matelas du lit. Combien d’heures ai-je pu passer ainsi. Quand j’y pense. Est ce que je n’osais pas dépenser pour cet achat, ou je ne voulais pas acheter avant de déménager? Je n’arrive pas du tout à  comprendre ma logique, ce qui m’a fait rester dans cet inconfort une bonne année entière. C’est pourquoi j’écris ce billet! Nulle part je n’avais jamais lu ou entendu parler de cette nécessité!

Aujourd’hui on a un canapé, et un fauteuil dans sa chambre, comble du luxe. Pourtant ce fauteuil ne convient pas bien. Pas d’accoudoir, pas d’appuis tête. Je me suis fait cette réflexion en montant plusieurs fois pendant ma soirée pour consoler, apaiser, redonner doudou, reprendre dans les bras mon petit garçon qui ce soir, a décidément beaucoup de chagrin. Je n’ai pas retenu la leçon et n’ai toujours pas investi dans le fauteuil de mes rêves, que je sais pourtant être la pièce maitresse de la chambre de mon fils.

C’est sur cette chauffeuse inconfortable, pourtant, que j’ai vécu le meilleur moment de ma journée. Sentir son odeur doucereuse de nuit, le regarder s’abandonner complètement au creux de mes bras, sa main posée sur moi, sentir nos deux présences si fort. Le regarder tout simplement, sans faire autre chose, sans chercher à lui répondre, à traquer ce qu’il fait, qui est bien rigolo, en avance, énervant, fatiguant, ou poétique.
Le moment présent, pur. Le moment de ma journée où j’ai été le plus là.
Oubliés la fatigue, le découragement au travail, l’inquiétude pour cette élève venue se confier longuement ce midi, la tristesse pour d’autres choses, l’amoncellement de vaisselle,
Oubliés les projets, les envies, les lectures de la soirée, les idées pour les cours ou pour le reste,
Oublié le passé, inexistant le futur,
Absent le temps de ce moment.

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